Jean-Paul Schmitt

INTIMITÉ VI – 38x55 cm – huile sur toile – octobre 2020
 







Le vent sur mon cou conte ton voyage.
Il dit des mots fous, des mots pas très sages, qui sous mon corsage se glissent tout doux.










Mots, murmures, mantra, mémoire aux images mêlées.
Les années ont mélangé les temps, découpé les époques, entre-croisé les lieux.
Etait-ce à Londres ou à Paris, à Amsterdam ou à Berlin ?
J’aime cette douceur ouatée dont le temps habille les souvenirs.
Tempiternité.
I love it !
Café XXXVIII– 30x30 cm – Acrylique sur toile – septembre 2020
INTIMITÉ V – 38x55 cm – huile au couteau sur toile – septembre 2020





L’or dissout le temps sous tes doigts
Corsage rouge et organdis

J’entends le vent et les esprits
murmurer tes psaumes en moi

Corsage rouge et organdis
L’or dissout le temps sous tes doigts
 







Au gris des écrans de mémoire, sur le long zinc nu des nuits noires nouées de notes cantabiles le soir offre ses sons subtils.

D’étranges rais de lumière rayent les tables de leur mystère.
Trombes ténébreuses et brunes, basses des tambours sous la lune, tympans percés et percussions, l’heure est aux grandes transgressions.

Le son divin claque fantasque ses staccatos contre les masques et colore l’âme et le vin de la tristesse du divin. Les nappes sont ensanglantées de bruits d’or cuivrés et hantés. 
CAFÉ XXXVII (Jazz au péristyle de l'opéra de Lyon) - huile 116x89 cm - septembre 2020
INTIMITÉ IV (Black Lives Matter)  – 30x30 cm – huile sur toile – août 2020



Multicolore
L’amour est d’or
 
Un tendre noir
D’ombre de soir
Met l’encre d’âme
Sur mon calame
Qui tout tremblant
Griffe le blanc
 
Multicolore
L’amour est d’or
 
Dans mon coeur nègre
Un chant funèbre
Pleure le mai
Quand on s’aimait
Et qu’on parlait
Couleurs mêlées
 
Unicolore
L’amour est mort








Bleue
Séléné sur nos draps
Dans la nuit de juillet
 
Douces
Ta bouche sur mon bras
Et nos âmes noyées
 
Fous
Nos coeurs et leurs mantras
Dans le vent déployés.
INTIMITÉ III  – 30x30 cm – huile sur toile – juillet 2020
Café XXXVI – 30x30 cm – Acrylique sur toile – Juillet 2020










Parfum frais de ta main sur mon bras.
Nos années ont le goût de l’herbe en mai. Dans le creux des chemins, dans la lumière de l’atelier, au fond des bars oubliés j’entends ton âme.
Bruit de bulles dans le cristal.
Faux de fer dans le vent.
Souffle de fougères froissées.








Ailleurs vont les rêves. L’âge y laisse ses rides.
Immortel accoudé au radeau d’un bar perdu, j’enlace la Vie. De nos verres l’ambroisie désaltère l’Éternel.
CAFÉ XXXV – 38x55 cm – huile couteau sur toile – juin 2020
INTIMITÉ II (Cueillette du tilleul) – huile sur toile de lin – 61x50 cm – juin 2020











Chemin parfumé de tilleul
Ombre arrêtée
Moisson d’été
Laissant sous la faux des éteules







Ton absence et le silence des longues ombres dessinent le monde.
Un matin de fleurs s’élève des sèves douces quand cesse la caresse des rêves.
Tu posais sur ma joue des touches d’aube claire. Quels fils tissent désormais tes mains ? Pour quelle parousie où je ne serai pas ?.
INTIMITÉ I (D’après la série Ride upon the Storm) – 130x89 cm – huile au couteau sur toile – mai 2020
Saint Martin XXXIV (Ciel dans l’étang au Brouillon) – Huile sur toile 46x33 cm – mai 2020








Nuages sur l’eau.
Fins souvenirs de petites douleurs déguisées en drames et de fou-rires préludes aux joies fugaces. Pensées qui rident le miroir du temps où se froissent les images des jeux d’alors. Frissons des trembles où je grimpais pour mieux entendre chanter le vent.
Nuages sur l’eau.
 .











Le vieux mur garde au coeur la beauté des corps. Parfum de pierres. Lumière de silence. Là, des vies et leurs amours ont caressé le temps qui fuit en taguant les âmes..
Nu au kimono – Huile sur toile 41x27 cm – 2020
Nu au tatouage (d’après une photo de François Nagir) – Huile sur toile 24x19 cm – 2020











La lumière s’engouffre par la croisée de la fenêtre. Elle couvre ton corps de lin clair et pose sur toi les courbes des collines d’ici. Sur le mur parme l’ombre dessine le temps ancien de nos élans.








L’ombre dans la mousse où tu frémis est mon ostensoir. En folles processions, sous le dais rouge sang des Fêtes-Dieu, je vais au reposoir sacré où tu pries.
Dans l’atelier l’aube coule en flots clairs et te caresse. Les fleurs ont la couleur et le parfum de ta peau.
Nu dans l’atelier – Huile sur toile 24x19 cm – 2020
Saint Martin XXXIII (vu du chemin de la Sablière) – acrylique sur toile 46x38 cm – avril 2020








Chemins
Immobiles passeurs aux pierres dessinées par des labeurs anciens
Chemins
Sinueuses langueurs, vos ombres sont la source des grandes lumières.









Cueillir les rêves qui flottent, nus et colorés, dans les chemins noirs et parfumés de la nuit. À l’envers du miroir mouiller le tain avec mes larmes et maîtriser ma peur. Sur un ventre soyeux, poser mes lèvres. Dans la lumière d’un songe de glace écrire ébloui ton nom et mourir.
Nu au miroir - huile 92x65 cm -2019
CAFÉ XXXIV (Café El Azar) – 116x89 cm – huile couteau sur toile – avril 2020





Au hasard d’une errance passée, je suis entré dans un bar perdu.

L’ombre dans le café était bleue. La lumière posait sur les tables une vague d’air calme mêlée d’odeurs de bière et de vin, de fragrances légères. Sur un banc bas une femme rêvait. Des feuilles lui tissaient une robe dont j’aurais voulu toucher la soie. J’ai commandé du vin et, lentement, très lentement, je me suis enivré du bonheur qu’elle m’offrait.

Souvent, quand le temps vire au gris et que courent bas les nuages, je reprends mon errance et le chemin qui mène au café El Azar, à Béthanie..
 





Monts bleus du Forez qui bordez l’horizon, collines coiffées de bois, vallons de blés et de prés, grands pins penchés qui mêlez aux hêtres vos silhouettes…

Vous verrai-je encore demain le coeur embué de joie ?.
Saint Martin XXXII (Chemin du Suc) – avril 2020 – huile au couteau sur toile - 33x46 cm
CONFINEMENT 4  – Huile sur toile 30x30 cm – mars 2020












Le sage a demandé « Quel était ton visage avant la naissance de tes parents ? »
Le fou courbé a répondu « Celui de Gustave »
Et puis la question est restée dans la boîte de sa mort.













Danse le monde danse
Caché
Douleur de ma joie et des amours anciennes
Sous quelles voûtes, sous quelles arches détruites, veillent les enfants d’alors ?
Danse le monde danse
Caché
CONFINEMENT 5  – Huile sur papier coloré 42x29,7 cm – avril 2020
CONFINEMENT 3  – Huile sur papier coloré 42x29,7 cm – avril 2020









Les îles qui se cachent en moi ont la couleur du feu et des robes éclatantes. Elles sont dans mes rêves, terres nouvelles, folles altérités.

Les embouchures de leurs fleuves sur la mer immense sont masquées.

Restent les souvenirs du grand avant et d’anciens désirs.










Grands yeux qui me tentent
Lèvres trop absentes
Les heures vont indolentes
CONFINEMENT 2  – Huile sur papier coloré 42x29,7 cm – mars 2020
CONFINEMENT 1 (d’après une photo de Bettina Rheims) – Huile sur papier coloré 42x29,7 cm – mars 2020









Masque blanc sans tache
Mots qui se détachent
Lèvres douces qui se cachent








Nos pas, lents sur le chemin, nous ont mené là en sonnant sur les pierres.
Mes mots, rares. Ils s’évaporent dans le crépuscule quand les tiens virevoltent et dansent dans le soir.
Les heures, stagnantes avant notre rencontre, s’envolent des aiguilles dans la nuit au-dessus du dernier café ouvert.
Le pain, craquant et blond, sent la levure et les noix. Le vin, épais et tannique, ensanglante tes lèvres.
La lumière, vive chanson sur les murs, te révèle et m’éblouit.
Où es-tu mon âme ?
Café XXXIII (Van Rijn’s Café) – 90x90 cm – huile couteau sur toile – mars 2020
Anne au corsage noir – Huile au couteau sur toile 90×90 cm – février 2020









Le temps sur les muses a peu de prise. Dans l’âme des peintres et dans la mienne. 

Quant je peins celle qui souvent est mon modèle, je suis comme Augustin d’Hippone : je ne sais plus définir « ce surgissement hors de soi d’un présent qui devient passé vers un futur qui nous aimante ».

Temps. Étrange syllabe sensée mesurer la vie. Je crois que c’est quand il mesure les flux de la grâce que le mot s’applique le mieux. Grâce des muses, grâce des amours qu’elles engendrent. Le mot alors évoque un pli en moi, indéfroissable.

Le temps c’est de l’éternité pliée, comme dit Cocteau.













Parler du monde, du temps qui court, de la neige qui viendra ce soir ou dans la nuit, du foin qui manque et de l’eau qui sourd. Parler du vent froid, des étés qui s’annoncent brûlants, du dernier vêlage et du vétérinaire toujours trop cher. Parler pour dire sans se dire, avec des mots qui trahissent l’intime tapi dans le bleu des yeux, dans la commissure des lèvres, dans une ride qui frémit près d’une ancienne fossette.
Parler de petits riens qui disent tout.
Et puis sourire.

CLAUDIUS III (d’après une photo de Christophe Tardy) – Huile sur toile 55x38 – mars 2020
CLAUDIUS II (d’après une photo de Christophe Tardy) – Huile sur toile 38x55 – février 2020






La lumière se disperse dans ses yeux. C’est l’heure oblique. Au mur, un calendrier dessine dans l’ombre la mort du temps.
Claudius mâche tranquillement. Il déguste la croûte du pain qui prend déjà des couleurs de fin de jour.
Quand les ans meurent, où va la lumière ?







Neige sur le toit
Le noir est au ciel
Au vent froid un chien aboie
Paysage d’hiver XI (la ferme Jomard) – Acrylique au couteau sur toile 30x30 cm – 2020
La Sablière – huile sur toile – 40x50 cm – février 2020

Ruminer la peinture hors des étables-ateliers. Jusqu’à en déchirer la nuit en feuilletant le registre secret des vieux rêves.
Continuer à chercher la Pax Bovina qu’on sait inaccessible.
Laisser l’humidité des museaux souffleurs poser sur le lin d’acrylique pleurs. Laisser les peurs et les colères sur d’antiques prétextes. Laisser revenir l’onctueuse présence des huiles saintes.
Retrouver les soleils obliques, les lumières rasantes, les éclats d’enfance paysanne.
Laisser couler l’ombre du paysage jusque dans l’âme et, dans le vaste chemin de lumière, avec elle sur le creux du cœur se relever à nouveau. Ressuscité.

Contrée ancienne, aux tours qui insistent
tant que les carillons se souviennent -,
aux regards qui, sans être tristes,
tristement montrent leurs ombres anciennes.

Vignes où tant de forces s'épuisent
lorsqu'un soleil terrible les dore ...
Et, au loin, ces espaces qui luisent
comme des avenirs qu'on ignore.

Rainer Maria Rilke




J’ai souvent rencontré Claudius sur le chemin. Bâton de noisetier en guise de canne, sac de toile lustré par l’âge en bandoulière, pas décidé et pied sûr.

Nous parlions du temps qui vient, de la vache de Roland couchée dans le pré voisin auprès de son veau nouveau-né aux pattes branlantes.

Nos enfants quand ils étaient petits appelaient sa ferme, nichée dans un vallon de prairies entre les bois sous la roche Mathiole, La Petite Maison dans la prairie du nom d’une ancienne série télé écrite d’après un roman de Laura Ingalls Wilder.

L’étable de Claudius est silencieuse, il a vendu ses deux dernières vaches le coeur cassé. Christophe Tardy, le réalisateur et producteur de Là où le temps s’est arrêté, un long métrage documentaire sur la vie de ce paysan qui vit comme il y a cent ans, sage et philosophe, a filmé Claudius juste avant cet abandon. L’étable n’aura plus cette odeur sucrée et forte des bovins à la traite…

Et je ne vois plus Claudius revenir à pied avec sa roue de pain sous le bras.


CLAUDIUS I (d’après une photo de Christophe Tardy) – Huile sur toile 38x46 cm  – février 2020
Festi’vache – Huile au couteau sur toile 89x116 cm – janvier 2020



Des formes colorées pareilles à la vie

Dansent folles sur l’écran de foules étranges

Illusions du temps donnant gentiment le change

Les dix mille choses de l’Un vont à l’envie





Une rose à la main
Loin des ombres qui dansent sur les jours heureux
Silhouettes fugaces
Dionysiaques mélopées
Le temps est aux fleurs et au vin
Nous retournerons dans les chemins anciens où les ronces pleurent notre absence
Une rose à la main
.
Café XXXII (Une rose à la main) – 90x90 cm – huile couteau sur toile – février 2020
Paysage d'hiver X - 30x30 cm janvier 2020
Du bord des bois l’hiver écrit sa lettre de rupture au temps. Plume d’or sur papier blanc. Encre parme entre les troncs.

« Cher Temps,
Il est temps de tempérer nos élans. D’autant que tu as mis sur moi tes outrages. Longtemps je t’en ai voulu de tempérer l’éternité en me cachant tes aventures avec Présent. D’ailleurs, depuis longtemps j’ai moi aussi de belles amours avec Printemps. Nous avons un enfant. Il s’appelle Maintenant.

Je sais que tu ne m’en voudras pas.
Écris-moi de temps en temps.

Hiver et Maintenant».






Le chant de l’hiver a le ton des enfances. Il flotte étouffé au fond des chemins frais et profonds, sur le lit des mousses, sur le bois des saules et les champs blanchis. Le givre froisse ses sons quand glisse sur la glace un souvenir de souliers cloutés.
Paysage d’hiver IX – Acrylique au couteau sur toile 30x30 cm – 2020
L’odeur des fleurs – dessin et acrylique sur papier format raisin – 2019

Cerisiers aux fleurs d’encens
Tout oublieuses d’hiver
Dans vos parfums vont dansant
Des souvenirs de rivière
Des gourmandises d’enfants
Et le rire de ma mère



 Anne à la guitare – dessin et acrylique sur papier format raisin – 2018
 


Chanson du temps qui court
Chanson du temps d’amours
Délices et orgues
Chanson du temps velours
Chanson du temps qui court
Créé avec Artmajeur