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Les noirs de Patrice Giorda

Bellecour de Giorda

Un article de septembre 2009 que j’avais écrit dans le blog de Jean-Yves Sécheresse et auquel je ne retrancherai rien.

On parle souvent des noirs de Soulages. Il les baptisait lui-même « outre-noir » ou « noir lumière ».

Stries. Traits épais comme du goudron. Et votre regard se déplace pour accentuer ou atténuer la brillance des reflets : les noirs de Soulages sculptent la lumière. Ceux de Patrice Giorda révèlent des absences impossibles à combler. La magie des noirs de Soulages est dans le mouvement de l’œil qui les parcourt. Celle des noirs de Giorda est dans la contemplation immobile d’une béance obsédante. Ses noirs sont attente. Il dit parfois que « le noir donne l’être à la couleur et que la couleur endosse la faiblesse du noir ».

Giorda joue des contre-jours, des obscurités, des pénombres, des nuits. Ses noirs font éclater l’ocre et le jaune sur « Bellecour » – place des angoisses façon Reverzy, « fantomatique comme un trépas » – quand un soleil de désert l’écrase de mystère. Dans les représentations de « La grande institution », ses noirs apportent aux couleurs acides, aux jaunes, aux rouges, aux verts, des frissons de dortoirs, des odeurs de salles de classes et des tristesses de pensionnat encore et toujours hantés par des souvenirs perdus dans des contours mangés de ténèbres.

Dans ses « Terrasses », « cette partie de soi que l’on expose au monde et à la lumière, tout en se sentant protégé par l’espace intérieur auquel on continue d’appartenir », ses noirs font naître la couleur du linge, du ciel, d’une montagne, d’un banc sale. Quant à ses « Chemins », son « Petit cimetière », ses « Tombes sous la lune », ses « Arbres »…

J’ai découvert Patrice Giorda au musée Dini à Villefranche, il y a quelques années. « Giorda », une édition bilingue français-anglais parue chez RH Editions en 2008 rend assez bien compte de l’œuvre de cet artiste lyonnais. Comme souvent hélas dans ce genre d’ouvrage pourtant soigné les couleurs des photographies ne sont pas toujours à la hauteur de celles des tableaux.

« La lumière naît quand la couleur cesse d’exister pour devenir espace ». Patrice Giorda.

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