web analytics

Immobile voyage

Huile sur toile – 80×120 cm – octobre 2013

Quand l’esprit marche sur la lumière vers des plages incertaines, les sillons ombrés qui séparent les temps s’écartent pour laisser passer celle qui immobile s’avance. Dans le champ de la mémoire un instant appareille, laissant dans le sang battre des souvenirs incertains.

Des bancs de corail s’offrent aux pas de l’aveugle qui marche dans les salons où la mer s’étale. Dans le dessin des tapis trop lourds, les couleurs un instant s’arrêtent. Montent les marées éternelles. Là, face aux miroirs nappes tachées les rochers se brisent.

Les pages, les anges aux ailes saignantes, les vols d’aigle blanc sur des villages d’enfance, le gris des églises qui mordent le ciel, les chemins perdus, s’entrouvrent. Le voyage s’échappe du livre par la porte du jardin.  Les amours vives s’empalent sur les prés en friches. Passent les siècles en guerre. Sur les coussins des sièges hiératiques, les ordres durs avalent les mondes.

Les cotres de lumière naviguent sur des sarcasmes amers. La lumière s’accroche au mât où serpentent des drisses folles. Là-bas sont les ailleurs, les inconnus, la joie inassouvie des plaines d’or. Dans les cheminées de pierre le feu mord les plaies mûres.

Viennent les équipages et les malles amarrées dans le parme des eaux. Que s’ouvrent enfin les portes de l’oubli pour que se noie la nuit.

Sur les carnets du voyage, les pontons sont lavés, les planchers illuminés de cire reflètent des ciels changés. Les rêves nuageux essuient l’horizon des soirs. Les champs mentaux longent des chemins escarpés. Aux cimes des toits des pétales de brume fument. Fleurs dormantes. Dans les entrailles des maisons les tableaux veillent. Le labyrinthe de l’aube recueille des héros en prière et des éveillés splendides. Sous les fenêtres de Char serpentent des rivières de couleuvre et des envols de papillons.

Enfin les rivages s’ouvrent vers des rades étranges où des sauvages vêtus de manteaux de couleur assemblent les rêves des voyageurs perdus.

Le Réel tremble et se fige. Les lettres s’effacent. La lecture s’achève.

Le vrai voyage est immobile.

Leave a Reply