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Offrande à une statue baoulé

Acrylique sur toile – 80×80 cm – mars 2011

Exilée de la forêt et des savanes, la statue continue à scruter l’autre monde. Celui de l’au-delà des murs, de l’au-delà des heures, de l’au-delà des morts et des vivants.

J’ai caché sa main derrière les feuilles effilées de l’ananas. Elle enserre de ses longs doigts la barbe fine et tressée, trace d’une Égypte disparue.
Érigée dans l’atelier pour une nature morte énigmatique, la sculpture continue à dresser des ponts vers des ailleurs inatteignables. Sa moue et son regard sont complices des divinations sombres qui courent ici et là-bas, dans les latérites et les monts, sous les cases et sous les étables.

Je lui offre des fleurs et des fruits, d’amples feuilles exotiques devant des tentures et des batiks. Je lui offre mes couleurs. Saisi par sa magie, je les métamorphose, couvrant de bleu le bois de son corps, teintant de cuivre la chevelure délicatement ouvragée.

Je l’installe, mystérieuse et grave, comme une de ces vagues douleurs tristes et incertaines qu’on niche au fond de soi pour ne plus souffrir autant.

Et je pense à la reine noire disparue qui, sacrilège fou, sacrifia son enfant pour sauver son peuple. Baouli : « l’enfant est mort ».

Le proverbe baoulé dit que tout homme qui marche agonise et que la mort suit l’homme comme sa silhouette.

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