web analytics

La fête de l’ours du Haut Vallespir


Huile sur toile 40×30 cm – mars 2013

Il y a longtemps que je suis passé du statut d’ours à celui d’homme. Le passage fut d’ailleurs plutôt discret.

Il faut dire que je ne suis pas né Catalan et qui plus est Catalan du Haut Vallespir. Je suis né Lorrain et dans ma Lorraine à moi – celle des hauts fourneaux de la vallée de la Fensch et des anges – on ne faisait guère la fête, en tout cas pas dans mon village. Le défilé tristounet des culs nus au conseil de révision suffisait amplement comme rite initiatique.

Donc, pas de fête carnavalesque traditionnelle pour marquer mon passage de l’ère pubère, celle des poils ténus, à l’ère de l’homme vrai, viril, poilu et coureur de jupons. Pas de cirage sur ma peau de visage pâle à l’exception de celui sur les parties génitales lors de mon bizutage militaire.

Pas d’habits façon peaux de bête non plus, hormis les oripeaux du fourrier du 6ème régiment d’artillerie d’Hettange-Grande où se fit le dit passage. Pas plus de poursuites par des barbiers tout de blanc vêtus voulant me raser (j’ai toujours eu la barbe mitée et le torse glabre). Le seul barbier que j’ai connu et que je craignais comme la peste s’appelait Schraudi et s’affichait coiffeur. Enfant, mon père m’y emmenait de force sur le porte-bagages de son vélo bleu afin que l’infâme me passât la tondeuse sur la tête. À chaque fois, et pour ma plus grande honte, le satané barbier dégageait bien haut le dessus pileux de mes oreilles qui me paraissaient soudain hypertrophiées. Aujourd’hui encore je rêve de lui envoyer des infirmiers immaculés pour lui passer la camisole.

Ainsi, chaque année, quand l’ours sort de sa tanière, les beaux jours s’annoncent. Il en va en Haut Vallespir comme en Lorraine et dans les deux territoires, les seuls ours que l’on rencontre sont les râleurs qui oublient de répondre à votre bonjour.

Le printemps est là. Il réveille en nous l’ours pré-pubère qui  sommeillait à côté du cochon.

Leave a Reply