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L’arbre de Tim Burton


Acrylique sur toile – 50×50 cm – mars 2013

Le ciel s’était couvert d’un de ces draps de catafalque que l’on voyait dans les églises de mon enfance les jours de funérailles. L’arbre au vert éternel, majestueux,  dominait de toute sa taille les bâtiments de la ferme. Fils de la Terre, issu du ciel au sexe tranché, il dévorait l’espace autour de lui.

La lumière folle posait parfois une nappe éphémère sur la table du monde qu’elle éclaboussait d’éclats d’outre vie au rythme des processions de nuages. Puis elle disparaissait et l’ombre brutale sortait du Tartare.

Entre les taches de violente clarté, le temps quittait les horloges pour s’accrocher à la chevelure titanesque de l’arbre. J’avais poussé la porte entre les univers et je volais dans les rêves de Tim Burton.

Je peins. Dans le film au ralenti, les images clignotantes et solaires bondissent entre les millénaires. Dans la nef cosmique, l’Antique et l’Actuel marient le fils d’Ouranos et Alice au pays des merveilles. Une voiture, peut-être une épave – je veux ne garder d’elle que le piège à lumière de sa carrosserie blanche – stationne sous les branches, repue de solitude, vide. Le pré où elle somnole est gorgé de ces herbes claires, rases et fanées que l’hiver laisse comme tapis aux rares promeneurs égarés dans le monde qui auraient envie de s’y asseoir pour déjeuner de soleil.

Libérant le temps piégé, deux heures sonnent au clocher du village gardois.

Dans les vignes des hommes se sont mis à tailler les sarments.

Des larmes coulent sur les bois noirs des ceps.

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