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Ô Sarie Marès

Aquarelle format raisin – mars 2013

L’ombre de l’été, cathédrale fraiche au-dessus de nos têtes, projetait ses couleurs de vitrail sur la cour où nous étions. On s’écoutait conter des histoires de temps passés et de futurs improbables. On riait à celles de Jean l’abbé qui ponctuait ses prêches tonitruants de points d’exclamations aux parfums de pipe chaude. Les enfants criaient des « un, deux, trois, soleils ! » dans le pré voisin. Le vin tiédissait  dans les verres et l’on savait que la nuit serait courte et chaude.

Le cousin Jacques, tout sourire, entonnait un vieux chant que nous connaissions tous. Nous laissions pour un instant, nos rêveries et nos bavardages et partagions nos voix  :

« Ô Sarie Marès, belle amie d’autrefois

En moi tu demeures vive

L’amour est plus fort que la vie et que les vents

Qui peut arrêter son élan ?

Je veux te revoir ô mon vieux Transvaal,

Plaine chargée de chaumes,

Où le vent parfumé, dans les arbres toujours verts, sans cesse d’amour nous parle.

Où le vent parfumé, dans les arbres toujours verts, nous parle d’amour toujours »

Jacques s’en est allé l’année passée courir à jamais dans les plaines sacrées où nous le rejoindrons un jour. Jean à qui nous venons de fêter nonante, s’est voûté. Sa pipe empeste toujours. Nos enfants sont de beaux adultes. Anne a appris à nos petits-enfants mille chansons cueillies dans le vent parfumé.

L’été a toujours des odeurs de foin et nos causeries font encore chanter le soir qui vient.

Inéluctablement.

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