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Odile au cigare

Huile sur toile – 120×80 cm – novembre 2012

Elle flotte dans l’instant infini et se perd entre les volutes âcres et légères. Son regard, immobile, s’habille de cendres chaudes et bleues. Quelque part, les retours de flamme d’un ancien feu qu’elle espérait éteint la brûlent. Une crainte enfantine palpite sur ses pommettes.

Un calme gris l’entoure.

La fumée et l’odeur du cigare m’aspirent dans le vortex invisible d’un temps personnel : naissance, mort, renaissance, mort encore. Illusion du temps qui n’est que la course folle des instants que l’on s’épuise à vouloir saisir ou que l’on oublie de vivre. Passé créé de toutes pièces. Assemblage d’images puisées dans le miroir déformant. Piège à pensées.

Odile a le visage de mes dimanches d’autrefois quand mon père s’offrait le luxe nonchalant d’un cigare épais qui durait jusqu’aux vêpres et remplissait la maison d’un parfum que gamin je croyais cubain. Rêve inconscient et heureux : J’ai appris en grandissant ce que ce luxe dominical insensé et bronchique devait à une parentèle intéressée. La cousine luxembourgeoise, Trine, femme de boucher portant vison, les passait en contrebande et les monnayait contre un litre d’alcool de ces mirabelles que nous avions cueillies l’été d’avant.

Sentiers fumeux pour court-circuiter les mauvais jours, pluies pour faire pousser l’oubli, le tabac et le schnaps sont des prières de pauvre.

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