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Le Sauvage en Gévaudan

Encre sur mon carnet de voyage – septembre 2012

Les bois du soir sont de noirs reposoirs.  Ils ont le pelage sauvage qu’on prête aux loups, aux bêtes qui dévorent. Ils pleurent des peurs enfantines en brumes humides. Les chênes y sont des ogres qui posent sous leurs ramures obscures des pierres maléfiques sur les cailloux blancs des enfants perdus. Ils portent le crêpe de ceux qui accompagnent les morts d’Occident.

La Bête est encore tapie à l’orée des rêves, dans la nuit des chambres closes, dans l’angoisse des évanouissements. Comme autrefois, elle ne s’enfuit que lorsque la porte entr’ouverte laisse filtrer, en même temps que la lumière diffuse des lampes où était la vie du souper, des bribes étouffées de voix chuchotées. Alors en nous l’enfant soupire. D’aise, cette fois.

La lumière du soir, libérée de nos angoisses, glisse sur les champs. Poursuivie par l’ombre qui vient dormir sous la lune.

Sur l’étang du domaine du Sauvage, l’encre a posé des reflets d’obsidienne. Sur les hautes terres, surplombant la Margeride, l’immense ferme templière luit encore pour quelques instants sous les éclats d’or du soleil qui meurt.

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