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Simon Absalon

Encre sur papier aquarelle 300 g/cm2 – août 2012

Les cheveux de Simon sont un verset de notre poème familial.

Ce matin, c’est dans le vent de Bretagne qui hurle sous le soleil d’août à marée descendante que sa chevelure d’Absalon s’enroule et se tord.

Mon royal rejeton se bat, se démène, rien n’y fait. Le vent tortueux comme le vieux chêne biblique de la forêt d’Ephraïm le tient prisonnier.

C’est habituel : chaque matin, quand Simon apparaît, hirsute, l’auguste arrangement capillaire lui fait une auréole sainte et folle. Il rit alors de nos regards éberlués. Attablés pour le petit déjeuner, nous le regardons tituber jusqu’à sa tasse de café et sourions attendris en constatant que même le grand calme de la nuit n’a pas apaisé sa royale coiffure. Ses cheveux giclent vers le ciel comme des ressorts en imitant les ébats amoureux des poulpes sacrés.

J’aime voir ses doigts qui bouclent depuis sa plus tendre enfance des mèches lourdes et riches. J’aime quand, songeur, il laisse son regard plonger dans les infinis. Me reviennent alors des bribes de spleen baudelairien :

« Si tu pouvais savoir tout ce que je vois, tout ce que je sens, tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique.
Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l’espace est plus bleu et plus profond, où l’atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
Dans l’océan de ta chevelure j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d’hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l’éternelle chaleur. »

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