web analytics

Rien

Aquarelle sur mon carnet de voyage – Le Revel – décembre 2010

Il a la lumière de l’agneau dans les yeux. Les torrents charrient dans sa voix des troncs creux et de sourds désamours résonnent dans ses pas, infusent ses gestes d’étranges désarrois.

Une peluche bleue dans la gueule, un gros chien malin et réjoui le suit sur les chemins et bat l’air de sa queue et jappe et se dandine et lèche l’ombre lente qui va en kin-hin.

Deux illusions s’avancent dans le vaste espace : un chien fou et un sage solitaire passent entre les jambes arquées de maître Joshu.

Dans la barbe du vent s’est fiché le koan Mu.

 » Nous continuons de jouer. Récitant, inquiets,
Des choses apprises avec peine,
Cueillant des visages d’ici, de là ; mais ta présence
Si lointaine, arrachée à notre rôle,

Peut nous surprendre parfois, comme une connaissance
Qui sombre vers nous de cette réalité,
Au point qu’un instant, emportés par l’élan,

Nous jouons la vie, sans penser aux applaudissements. « 

Reiner Maria Rilke (Neue Gedichte, 1907)

Leave a Reply