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Chaos II

Encre sur papier format raisin – mai 2012

La nuit filtre les rêves au travers de jalousies éteintes, isolées, perdues, closes sur des mondes qui existent pour et par d’autres, à moi à jamais interdits.

Démiurge, je les recrée. Sur eux, j’étale les envers sombres et je fais monter l’ombre et la buée des débuts. Je crée les peurs enfantines et les fièvres ouateuses. Je définis avec précision le lieu vertical où veillent, commémorations impavides, les reproductions figées de Massabielle que ma mère accroche sur les bandes feuillues du papier peint. Là, dans le noir, décolorées, elles montent la garde – vestales froides – derrière les vitres glacées, dans des cadres de bois vernis que mon père a menuisés.

Des  taches fugaces passent sur le mur de la chambre où je dors depuis des siècles. Leur pluie laiteuse, pâle, drue et rapide, file de droite à gauche, horizontalement. Puis elles gèlent, pleurs solitaires qui tombent vers l’abîme, blessures du fond des yeux, soupirs du cœur qui depuis la nuit des temps cherche le jour.

Dans la Nuit du Temps, il est tapi.

«  Et la nuit se terrait dans les chambres, comme un animal blessé que nous aurions transpercé de douleur »

Rainer Maria Rilke

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