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Chez le patti III

Acrylique sur papier format raisin – étude juin 2012

Le capot de tracteur s’est calé, hagard coucou d’ancien monde, sur le nid de fer, de bois et de vieux bidons du hangar.

Devant les vitres aveugles des fenêtres sur cour des miracles, il raconte aux araignées des histoires de soirs désespérés et de matins malins.

Il raconte ses histoires avec l’accent rocailleux du Sud-Ouest où il est né d’ouvriers disparus. Il dit ses premiers pas dans les pauses casse-croûte, avant que la cisaille ne morde l’ultime ourlet des robes d’acier. Il parle des odeurs d’huile qui remontent encore de sa peau métallique et qui lui rappellent celles du lard grillé à même la tôle chauffée au chalumeau dans l’atelier. Il roule dans sa voix des galets de torrent. La couleur âpre du pinard matinal a mis dans l’ombre de ses plis une tache indélébile. Même le craquement du pain sous les dents couleur tabac chante dans sa voix. Le bruit des machines qu’on laissait tourner pour donner le change au patron s’est éteint.

Ses plus belles envolées chantent les lundis sous les ponts roulants croulant de rires. Les casse-croûtes de ces lundis magiques bruissaient d’homériques histoires de chasse à la palombe dans des cabanes incroyables qu’il aurait aimé connaître.

Quand le vieux capot parle des champs de son âge mûr, ses histoires sont tristes. Bandes de terre, landes et champs trop longtemps sillonnés, essoufflements à tirer des charrues trop lourdes. Ses phares se brouillent quand il parle du liquide infect qu’on le forçait à boire avant chaque corvée. Lorsque de temps à autres il se laisse aller à ces souvenirs durs, le hangar frémit et des larmes de rouille mangent le bleu des tôles oubliées.

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