web analytics

Brocante

Huile sur toile – 92×65 cm – mai 2012

Papa avait beaucoup menuisé, ébénisté, scié, raboté, trusquiné, papier-de-verrisé, ciselé, assemblé, collé, ciré, teinté, râpé, chevillé pour nous faire vivre. Vers la fin de sa vie, il y avait des brocantes dans sa tête. Il se perdait de plus en plus souvent dans leurs antiquailles. Les jouets en bois et les trains vermoulus garés dans les triages de son cerveau commençaient à tomber en poussière. Jour et nuit, il débitait tranquillement son ciboulot en longs copeaux de varlope. Même la nuit il usinait en ronflant et la chambre sous les combles résonnait de vibratos qui naissaient dans les graves pour mourir dans des aigus de scie affreusement musicale.

Papa avait toujours un crayon plat de bois rouge collé entre son oreille et un béret bleu grisé de sciure. Naissance de ma passion pour le dessin.

Quand sont venus pour lui les jours de la retraite (vilain mot qui me fait penser à la Russie), il a pendu au clou son béret, rangé son crayon et changé de galurin. Il s’est mis à travailler du chapeau.

J’ai gardé le couvre-chef trop grand pour moi. Il est gavé de ses pensées, de ses ruminations, de ses folies, de ses divagations. Elles me sont si familières que j’en arrive à croire qu’elles sont miennes depuis toujours.

À peine le feutre posé sur mes cheveux qui grisonnent, me voilà gambadant en culotte courte. J’entends l’accordéon qui se lamente au bal du café Larcher et je tire la langue au nounours déguisé en larbin d’hôtel dans la pendule du salon. Je crie à hue, à dia et à dada au cheval à bascule. Marionnette dorée pendue aux cimaises d’un musée de pacotille, j’accroche mes toiles de traviole dans les cadres des vide-greniers.

Leave a Reply