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Brocante – étude

Fusain sur papier format raisin – mars 2012


Le cheval de bois sans voix qu’on voit devant le chapeau de papa pense.

C’est un cheval à bascule et à particule. Un pur sang né d’humain. Un malin fait à la main des ganaches à l’arrière-main par mon papa pour que je joue à dada.

Je sais : c’est aussi un cheval médisant qui, tout en méditant – me dit-on –  dit des dictons abscons. Il pense comme on rumine, à quatre pattes. Ses pensées écorcées se carapatent toutes plates à travers les lattes branlantes de ma brocante. Elles font la ronde de l’autre côté du monde qu’elles inondent de hennisilences, cris de canasson d’arçon en infra sons. Le mors aux dents, ce cheval d’antan sonne et rit aux morts et à papa qu’il ose appeler « son menuisier usé ».


De temps en temps, au vent d’autan, j’entends pas très gai l’écho agacé qui bégaie «Ébéniste, ébéniste, pas usé ! » quand papa vexé, oubliant qu’il est dans l’au-delà depuis longtemps, retrouve sa voix de vivant et son accent sarrois pour affirmer la suprématie de sa corporation.


Rageur, il glisse alors dans les pensées insensées de l’animal son trait assassin favori à propos de ces menuisiers « qui ne savent faire que des cercueils en bois mort »…

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