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Le carreau de la mine

Aquarelle sur mon carnet de voyage – mars 2012


On l’appelle le carreau de la mine, mais la mine est loin, là-haut vers Corsavy.

Le carreau de la mine d’Arles sur Tech est mort. Quand Cali ou d’autres Catalans viennent y chanter, il tente de donner l’illusion pendant quelques heures. Qui se souvient encore de la sueur des hommes ?

Le four à griller, tour basse et ronde, n’oxyde plus de minerai et les mines de Batère ont oublié depuis longtemps les Romains qui les exploitaient il y a des millénaires. Le Vallespir n’entend plus battre le cœur lourd et chaud des forges. Il n’entend plus l’alternance des sons clairs de l’enclume faisant contrepoint au son sourd du gros marteau. Seuls, quand on les prononce à haute voix, les noms des lieux chantent encore la fameuse forge catalane, la farga : Farga del Mig, Farga de Reyners ou Prat de la Farga. Seules les portes des belles églises romanes gardent encore, cloués au chêne gris, leurs ferrages à enroulement. Seules les ferronneries en dentelle aux clochers du Roussillon montrent encore au passant qui daigne lever les yeux cet art perdu du feu, de l’eau et de la terre catalane.

À Arles sur Tech, près du carreau rouillé, les tôles battent. Le vent mauvais des jours souffle sur mon vélin les anciennes tristesses et les vieilles fiertés de métiers oubliés.

Le souvenir roussi des maîtres forgerons me hante, comme me hantent les hauts fourneaux blessés couchés sur la terre de mon enfance lorraine et les couleurs des vapeurs nitreuses dans le ciel du soir au-dessus d’Uckange.

One Response to “Le carreau de la mine”

  1. Planes dit :

    Le lieu est mort, mais pas encore détruit!

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