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La maison dans le parc.

Acrylique sur toile – 100×100 cm – août 2011

La maison éclaire le parc aux senteurs d’été fourbu. Silencieuse et gourmande, elle sirote des verts d’absinthe et de menthe et la lumière qui sourd de ses crépis a une douceur chaude aussi étrange et surannée que le bleu mystérieux des rideaux. Au-delà des fenêtres tapissées d’ombre, je sais la fraîcheur sonore de ses carrelages en damier, je sais les marches de bois du grand escalier, je sais les tableaux encadrés, je sais les meubles peints et d’étonnants jouets géants dressés sur des tables massives ou suspendus au plafond pâle. Ils sculptent l’air de la demeure et en font surgir une intimité douce et décalée qui me fait penser, je ne sais pourquoi, à la sérénité superbe d’une madone d’Antonello Da Messina.

À l’étage, l’atelier du maître reste l’antre impénétrable que l’on peut seulement deviner depuis le parc, derrière les érables, les cèdres vert de gris et les marronniers vieillissants. Le gravier de l’allée n’arrête pas de crisser dans ma mémoire longue qui n’entend plus le chant des grillons. Des pas surgissent d’un passé à la fois lointain et proche, grandiose et misérable, joyeux et mortel. Pas de peintres partis pendre leur âme à d’autres clous, à d’autres mondes, à d’autres couleurs. Derrière la haie basse des troènes leur souvenir passe en glacis translucide tandis que montent en moi des bribes de leurs colères.  Folles plaintes insolites, elles font ployer les herbes hautes et jaunes du parc, puis se perdent dans les feuillages éclatés de ciel.

J’ai rangé la fraicheur de ces après-midi tout à côté de mes vieux tableaux. Verticalement. Tendrement.

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